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L'Eglise Saint-Vincent visitez notre site www.eglisedegragnague.fr

 
L'Eglise
L’Eglise Saint-Vincent de Gragnague a été bâtie à l’emplacement de la chapelle du château de Gragnague construit au XVIIe siècle et détruit en 1793.

Une ancienne chapelle (Saint-Vincent) existait, près du cimetière (d’où le nom du lieu dit du cimetière), brûlée en 1570 par les huguenots lors des guerres de religion.

Le clocher mur de l’église, dont la restauration a été confiée au cabinet d'architecte Idées A à la Salvetat Lauragais (31 460), abrite trois cloches, repérées I, II et III.

Les principales caractéristiques de ces trois cloches sont :
 

Cloche 1

Cloche moyenne, une anse brisée, nettoyée, patinée et réaccordée, remontée, avec joug, axe et portées refaits par France Carillons à Hérépian (34 600).

Fondeur : Louison à Toulouse (1842). 
Diamètre à la base 753 mm, masse 279 kg, note fondamentale do
 
Cloche 2

Grosse cloche, en place, avec joug, axe et portées refaits par France Carillons.

Refondue en 1939 par le fondeur Vinel à Toulouse, à l’occasion du jubilé sacerdotal de l’abbé Lestrade.

Diamètre à la base 849 mm, masse 355 kg, note fondamentale la3 (431,5 Hz) (2 échantillons prélevés en positions haute et basse (2H & 2B) le 09/06/2008).
 
 
 
Cloche 3

Petite cloche (1895), défectueuse au timbre «fêlé», irréparable, sera exposée dans l’église, après la fin des travaux de restauration. Diamètre à la base 580 mm, note fondamentale mi4.

Elle a été remplacée par une cloche neuve exécutée par le fondeur Cornille-Havard à Villedieu les Poëles (50 800).

Elle a été baptisée (Sainte-Bernadette) le 12 juillet 2008 par Mgr. Robert Le Gall, Archevêque de Toulouse.

Diamètre à la base 617 mm, masse 160 kg, note fondamentale mi4, composition : cuivre 78 %, étain 22 %, aucun autre métal ajouté volontairement.
 
  Cloche 4

Enfin une autre cloche, provenant de la chapelle de l’ancien château de Caulet et datant de 1405.

Inscrite à l’inventaire des Monuments Historiques en 1923 (MH PM31000268).

Elle ne porte aucune inscription lisible, diamètre à la base 280 mm, sera exposée à côté de la cloche III d’origine.
 
Restauration des cloches
ACOUSTIQUE

Lorsqu’elle est mise en vibration par un choc, la cloche fournit une note fondamentale (en principe d'autant plus grave qu'elle est grande) accompagnée d'une série de sons secondaires (harmoniques) appelés partiels, très perceptibles à l'audition des sonneries.

Si elle correspond à celle prévue avant la fonte, on dit que la cloche est juste.

L’intensité et l’accord des partiels avec la note fondamentale déterminent la qualité du timbre : doux, grave, clair, agréable ou désagréable.
C'est en quelque sorte la signature sonore de la cloche.

Le timbre de la cloche est classiquement composé de 5 partiels audibles à l'oreille, dont la particularité est de former un arpège mineur. Lorsque les partiels sont accordés, on dit alors que la cloche est consonante.

Ces partiels n'ont ni la même intensité, ni la même durée. En général, plus le partiel est aigu, plus il s'éteindra rapidement. A distance, l'oreille n'entendra que la note recherchée, appelée fondamentale ou note au coup.
 
L'accordage est la technique qui permet, par enlèvement de matière à l'intérieur de la cloche, à des niveaux particuliers, d'accorder celle-ci, afin de corriger la hauteur de la note fondamentale, mais aussi des premiers partiels. L'accordage d'une cloche ne se fait qu'une fois pour toute à la fabrication. La cloche est un instrument qui ne se désaccorde pas... !

Pour ceux qui écoutent les cloches de notre église et qui ont «l’oreille musicale», une analyse du son des cinq partiels les plus bas d’une cloche dont la note fondamentale est do4, donne les notes suivantes :

Hum (octave inférieur)  do3
Fondamentale               do4
Tierce mineure              mi bemol4
Quinte                              sol4
Octave supérieur           do5
 
Le hum (ou bourdon) est le partiel le plus grave qui donne un son bourdonnant. Il est facilement identifiable à l'oreille.
Désormais, chacune des cloches de Saint-Vincent est accordée et les trois cloches donnent l’accord la do mi !

MECANIQUE

Outre l’accordage  de l’ensemble des cloches, celles–ci sont désormais supportées par des jougs neufs dont la forme est pratiquement symétrique du profil des cloches.

Le bois utilisé est un bois tropical, le tatajuba ou bagasse (Bagassa guianensis) originaire de Guyane ou du Brésil, de couleur jaune, imputrescible et dense (0,8 g cm-3) ; les portées sont des portées à billes, étanches.

Les cloches peuvent être sonnées à la volée ou tintées grâce à un mécanisme à commande électronique.
 
Analyse du bronze des cloches de Gragnague
 
La métallurgie du bronze s’est développée tout d’abord au Moyen-Orient, dans le Croissant Fertile au IVe millénaire av. J-C.

En Chine, sous la dynastie Shang (1700-1100 av. J-C.), elle atteint un niveau technologique et artistique exceptionnel.

C’est aux chinois qu’on attribue l’invention du bronze à cloches.
 
Ce bronze est un alliage de cuivre et d’étain (22 à 24 % d’étain).
Sa température de coulée est de 1180 °C.

Le temps de solidification dans le moule est de l’ordre de 5 h, afin d’obtenir une structure métallurgique particulière qui va donner à l’alliage sa rigidité, sa résistance mécanique, mais surtout ses propriétés acoustiques si remarquables.

Il est de couleur jaune très pâle. Exposé à l’air extérieur et aux intempéries, il se recouvre progressivement d’une couche de patine dans les nuances « vert bronze ».
 
A l’occasion de cette opération de restauration il a été possible d’effectuer une analyse des bronzes constitutifs des différentes cloches
Elle a été effectuée par David Bourgarit du Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF) Paris, en mettant en oeuvre un accélérateur de particules (AGLAE).

La méthode d’analyse élémentaire utilisée est appelée PIXE (Particle Induced X-ray Emission).Elle consiste à irradier l’échantillon avec un faisceau de particules accélérées, en l’occurrence des protons (H+) d’une énergie égale à 3 MeV, à recueillir à l’aide d’un détecteur approprié les photons X émis lors de l’interaction entre ces particules et les atomes constitutifs de l’échantillon, puis à effectuer la spectrométrie de ces photons.

Chaque élément a une signature particulière. Par calcul, on en déduit la composition élémentaire de l’alliage analysé.

Résultats des analyses Composition chimique élémentaire (en % massique) du bronze des cloches de l'église Saint-Vincent de Gagnague.
 
Cloche
 
Datation Fondeur Cu Sn Pb   Sb As Zn S Fe Ag Bi Se
I
 
1842 Louison 72.6 22.4 2.2   0.4  1 0.9 0.6 0.3 0.09 < 0.05 < 0.01
II
 
1939 Vidal 69.7 21.6 6.3   0.7 0.4 0.4 0.2 0.04 0.1 < 0.09 < 0.021
III
 
1895 ? 72.0 23.9 1.5   1.3 0.9 < 0.04 < 0.05 0.1 0.09 < 0.02 0.05
IV
 
1404 ? 75.3 20.7 2.7   0.3 0.3 0.2 < 0.1 0.05 0.09 0.1 < 0.02
III
 
2008 Cornille-Havard 78.0 22.0                    
 
NB. : pour la cloche III nouvelle, on a indiqué les informations transmises par le fondeur.

Ces résultats appellent les commentaires suivants :

Quelle que soit la date de fabrication (1405, 1842, 1895 ou 1939), le métal mis en oeuvre ne varie que très peu, aussi bien au niveau des éléments d’alliage (Sn et Pb) qu’au niveau des impuretés.

Ainsi il s’agit toujours d’un bronze dont la teneur en étain est comprise entre 20 et 24 %.

Seule variation, la teneur en plomb : autour de 2-3% pour les 3 cloches les plus anciennes, elle passe à 6% pour celle de 1939.

Les impuretés principales sont très similaires. On remarquera toutefois des particularités :

la cloche IV (1405) se démarque par sa faible teneur en soufre et sa relativement forte teneur en bismuth (0,1%),
la cloche III (1895) affiche une teneur en antimoine particulièrement élevée (1.3%) et une teneur en sélénium qui dépasse la limite de détection (0,05%) ; inversement, sa teneur en zinc est faible (<0,04%),
la cloche I (1842) est faite du métal le moins pur : 1% d’arsenic et de zinc, 0,6% de soufre, 0,3% de fer
 
D’une part, la composition des bronzes est très commune, et constitue un « standard » depuis au moins le bas Moyen Age.
Quant aux teneurs en plomb, on remarquera une contradiction avec les textes de Biringuccio (1572) :« Et si vous desirez le son de votre cloche estre plaisant, vous l’alierez avec bon estain, qui ne tienne aucunement du plomb ».

On constate qu’elle est loin d’être négligeable et oscille entre 2-3% (ce qui a été également trouvé à Montbrison, Montmajour et Digne), pour atteindre plus de 6% dans la cloche de 1939.

D’autre part, les impuretés présentes, tant qualitativement que quantitativement, sont très communes. Il est difficile de ce fait de discuter de l’origine du cuivre utilisé.
Toutefois, on remarquera la teneur particulièrement élevée en bismuth sur la cloche de 1405, cet élément chimique étant plus discriminant que les autres.

Or du bismuth est présent en quantité relativement importante dans des minerais de cuivre du Sud du Massif Central, si bien que certains objets protohistoriques dont la production languedocienne locale est attestée affichent des teneurs en cet élément comparables à celles trouvées dans la cloche.

On peut donc au moins citer comme source possible de métal pour cette cloche , du cuivre du Massif Central, d’autant que le reste de la signature géochimique (notamment argent, antimoine et arsenic) est compatible avec cette origine.

 
Remerciements
 
Jean Boutaine qui est à la base de cette présentation, Denis Bassi (conseiller municipal de Gragnague), David Bourgarit (C2RMF) et Jean-Pierre Cazarré (France Carillons) ont permis d’enrichir et de valider ces informations. Qu’ils en soient remerciés !